« La Russie entre rationalité occidentale et irrationalité orientale » : Formation à l’interculturel 1/2

Véronique Levasseur, spécialiste de la Russie, est formatrice en interculturel pour les Français en Russie et les Russes en France. 1ère partie : les Français en Russie.

Matriochkas russes

Aujourd’hui la Russie : Quelles sont les grandes particularités russes à connaître pour réussir son expatriation professionnelle en Russie?

Véronique Levasseur : Ce qui est déroutant avec les Russes, c’est que beaucoup pensent qu’ils sont européens et par conséquent proches de notre culture. Mais cela s’avère souvent faux et les étrangers qui côtoient la culture russe sont surpris par la complexité des hommes de ce pays.
Dans leurs attitudes et leurs comportements professionnels, les Russes sont plus spontanés que les Européens. Ces derniers ont tendance à «lisser» leurs comportements pour avoir une attitude neutre considérée comme professionnelle. Les Russes sont beaucoup plus émotionnels et ne cherchent pas à cacher leurs sentiments. Le cœur s’exprime souvent avant la raison. Il est donc essentiel pour les Russes de connaitre et de faire confiance à leurs interlocuteurs. L’importance donnée aux relations personnelles est grande, c’est pourquoi une affaire ne peut se conclure sans investissement relationnel.

La notion de hiérarchie est également très forte. Elle génère des difficultés lorsque l’on souhaite mettre en place un management participatif où les cadres vont s’impliquer pour rechercher les dysfonctionnements et participer à les éradiquer. Les Russes ont l’habitude d’avoir une hiérarchie forte qui leur donne des directives et qui prend la responsabilité des actes.
Les stéréotypes ont la vie dure en Russie, mais l'alcool tient réellement une place importante dans la négociation de contrats ou simplement dans les relations professionnelles. Le but du jeu pour les Russes est de «faire tomber les masques», de découvrir la vraie personnalité de leurs interlocuteurs.

ALR : Où se situe la rationalité Russe ? Est-elle plus proche de l’Orient ou de l’Occident ?

V.L : Il suffit de regarder une carte pour comprendre que la Russie est entre l’Orient et l’Occident. Les Russes oscillent donc entre la rationalité occidentale et l’irrationalité orientale. Par exemple, leur perception et leur gestion du temps sont différentes des nôtres. Les Russes ont une notion cyclique du temps, comme les Chinois et beaucoup d’Asiatiques. Le temps est une roue qui tourne avec des cycles qui reviennent perpétuellement. Les occidentaux, au contraire, ont une notion linéaire du temps : le temps passé est irrémédiablement perdu.

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Quant on travaille en Russie, il faut s’adapter au rythme du pays, surtout en dehors de Moscou, et éviter de se formaliser si les Russes manquent de ponctualité. Une heure ou deux de retard ne doivent pas être mal interprétées…

ALR : La formation est-elle la même selon la ville russe d’arrivée ?

V.L : Forcément non. A Moscou comme à Saint-Pétersbourg, la vie est celle d’une grande ville, comme ailleurs. Mais j’insiste sur des éléments qui peuvent surprendre et gêner les expatriés comme les parties communes des immeubles, souvent dans un état de délabrement avancé.
Par contre, pour les villes en province, les conditions de vie sont très différentes. Il y a une nécessité d’informer. Sans faire un tableau idéal. Car quand on est dans l’interculturel, on est d’abord dans l’émotion. On touche aux valeurs… c’est pourquoi il ne faut pas hésiter à dresser un tableau réel. Dégager les éléments positifs pour motiver les futurs expatriés et placer leur expérience comme un privilège de découvrir ces régions septentrionales.


Véronique LEVASSEUR

Consultante en Formation Interculturelle
vlevasseur [at] free [dot] fr

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