20 ans après l’URSS: La reconstruction des identités territoriales

Suite de l’entretien avec Jean Radvanyi – Partie 2.

Jean Radvanyi est géographe, professeur à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) et directeur de l'Observatoire des États post-soviétiques.
Il collabore régulièrement au Monde diplomatique et est l’auteur de nombreux ouvrages, dont «Les États postsoviétiques: Identités en construction, transformations politiques, trajectoires économiques», sorti en juin 2011 aux Editions Armand Colin.

Jean Radvanyi est actuellement directeur du Centre franco-russe de recherches en sciences humaines et sociales de Moscou.

Aujourd’hui la Russie: Comment se sont reconstruites l’identité et l’histoire des anciennes républiques soviétiques ?

Jean Radvanyi: Tous ces territoires, une fois leur indépendance acquise en 1991, ont cherché à affirmer leur identité nationale. Pour cela, ils ont tous utilisé les mêmes instruments: ils ont eu recours à leur propre histoire retrouvée, leur langue, leur culture, leurs spécificités.

D’autre part, pour asseoir cette identité et cette indépendance, les nouveaux territoires ont cherché, d’une façon ou d’une autre, à se démarquer de la Russie.

Retourner à sa propre histoire n’a pas été si simple - hormis pour les pays baltes qui sont revenus à la situation d’avant 1940, c’est à dire avant leur intégration au sein de l’URSS. Mais en ce qui concerne les trois états du sud Caucase, leur première indépendance était trop éloignée et trop mal connue pour devenir un fondement de leur nouvelle identité.

Les Géorgiens, par exemple, ne connaissent pas leur histoire, ou très mal. Ils se sont donc tournés vers une histoire très ancienne comme l’histoire médiévale du XIIème qui correspond au temps de la splendeur géorgienne.

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Cela reste très compliqué et très complexe de créer ou de recréer une identité nationale comme celle des états d’Asie centrale. Cela demande du temps et peut s’avérer audacieux parce que c’est une situation où les territoires s’opposent à leurs voisins.

C’est le cas des états d’Asie centrale qui partagent un certain nombre de références et se mettent donc en concurrence sur des facteurs d’identité tel que Timour - Tamerlan - ou des héros du moyen âge centre asiatique, qui à l’époque n’étaient pas des héros ethniques mais «transnationaux».

ALR: Qu'en est-il de la montée du nationalisme dans ces nouveaux territoires ?

J.R: Redéfinir son identité nationale était, pour certains états, complètement nouveau puisqu’ils n’avaient jamais été indépendants. Aussi, il y a eu de façon compréhensible des poussées de fièvre nationaliste. Dans certains cas, cela s’est traduit par des politiques antirusses comme en Géorgie.

Mais la fièvre nationaliste de ces nouveaux états et de la Russie du début des années 1990 s’est un peu calmée. Aujourd’hui, les pays reviennent à des positions plus réalistes et plus raisonnables, fondées sur des réalités géographiques et économiques, et non sur de nouvelles idéologies nationalistes.
Ces dernières ne s’avérant pas forcément plus faciles à utiliser pour créer des rapports équilibrés de voisinage.

ALR: Quelle est la place de la langue russe dans ce processus identitaire ?

J.R: Il y a encore des états où la langue russe reste une des principales langues encore étudiées. Il y a par ailleurs beaucoup de migrants des anciennes républiques qui viennent travailler en Russie: c’est le cas des Ukrainiens, des Azéries, des Arméniens, des Tadjiks, des Ouzbeks. Ainsi ces populations parlent russe, continuent de l’apprendre et de le pratiquer.

Mais il est vrai que la langue russe est en net recul partout dans les anciennes républiques. Pendant quinze ans, la Russie ne s’est pas beaucoup préoccupée de la question de l’application de sa langue dans ces territoires. C’est seulement depuis quelques années que le pays essaie de remettre sur pied une politique de soutien, et de la langue et de la culture russe.

Par ailleurs, dans beaucoup de nouveaux états indépendants, notamment dans les pays turcophones, l’alphabet cyrillique a été supprimé pour les caractères latins, afin de contribuer à affirmer l’identité nationale.

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ALR: Les frontières risquent-elles encore de bouger ?

J.R: Franchement je ne le pense pas. Mais il peut y avoir des arrangements.
Il y aura peut-être, à un moment donné, un accord sur les Kouriles, bien que la situation n’en prenne pas le chemin actuellement.
Il y a déjà eu dans le passé un arrangement important avec la Norvège en mer de Barents, où la Russie a cédé, lors d’un compromis équilibré, une portion d’espace maritime.

En ce qui concerne le Caucase: si la Russie a reconnu l’indépendance de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie, je ne pense pas qu’elle souhaite pour autant l’intégrer dans son propre territoire car cela irait à l’encontre de trop nombreuses décisions internationales.

De la même façon, je ne pense pas que le Daghestan, la Tchétchénie ou autres républiques du Caucase nord deviennent indépendantes car il n’y a pas de force qui va dans ce sens actuellement.

Evidemment cela reste une région difficile et instable. Si les Russes n’arrivent pas à mener une politique d’apaisement, donc une politique qui ne repose pas uniquement sur des dispositifs militaires mais sur des relations de développement économique, alors on peut craindre des troubles. Mais pas de changement de frontières.

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Portrait de Stéphane LARCHER

"qu'en est-il?" s'il vous plait en non "quant est-il?"
Sinon article intéressant tout comme l'étaient les cours de monsieur Radvani.



Portrait de Sasha
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Article vraiment intéressant tout comme les autres de la même série. Vivement la suite!



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