La reconversion professionnelle, un phénomène ordinaire en Russie
Contraints par les crises successives ou par de trop faibles salaires, les Russes ont appris depuis longtemps à s’adapter à la situation.
Lila travaille dans un institut de beauté du centre de Moscou. Serrée dans sa blouse blanche, elle épile ses clientes en prodiguant des conseils de beauté. A 28 ans, Lila ne se destinait pas à être esthéticienne mais neurologue.
6 années de médecine ont été suivies d‘une année d’internat dans un hôpital du centre de la capitale, avant que Lila ne préfère pousser la porte d’un institut de beauté pour gagner quatre fois plus.
«Comment vivre à Moscou avec une petite fille lorsque l’on gagne 10000 roubles par mois (environ 250€) ? Impossible. Ma mère est psychanalyste et je me destinais aussi à une carrière médicale», regrette Lila. La jeune femme tente alors de se convaincre qu’elle retournera vers la neurologie quand son mari «gagnera plus».
Comme Lila, Olga, la cinquantaine, géologue de formation, a troqué sa passion pour pratiquer des massages à domicile. Une reconversion nécessaire pour «gagner plus d’argent et survivre à Moscou.»
Valéry quant à lui, contraint par la chute de l’URSS, a enchaîné les métiers. D’abord par nécessité économique, il écourte ses études de médecine en 1991 pour travailler comme tourneur dans une usine. Puis il se lance dans le commerce de boissons gazeuses quand Pepsi Cola s’installe à Novossibirsk. Enfin, il devient éleveurs de bovins pour finalement s’occuper avec succès d’une maison d’hôte dans la région de Kalouga.
Les grandes ruptures de curriculum vitae
Ils sont nombreux en Russie à se reconvertir, changeant de métier pour un autre, pour s’adapter à la vie et au marché. Une pratique qui se généralise et qui touche toutes les générations.
Une responsable du recrutement chez Auchan confirme cette tendance au sein de l’entreprise française implantée en Russie: «Ce phénomène est très marqué depuis le début des années 2000. C’est d’ailleurs tellement classique chez Auchan Russie, que le lien entre les études d’un candidat et ses possibilités au sein de l’entreprise n’est pas un critère pertinent. Nous avons ainsi beaucoup de médecins dans l’entreprise ainsi que des instituteurs et des professeurs.»
L’entreprise forme les salariés à de nouvelles compétences. Ces derniers sont en général flexibles et s’adaptent rapidement pour faire carrière dans leur nouvel environnement.
Selon la responsable, depuis la chute de l’URSS, la reconversion est devenue un phénomène de masse. Et parce que la différence de salaire entre la sphère privée et les hôpitaux ou les écoles est considérable, les candidats à la reconversion ne retournent que très rarement à leur premier savoir-faire.
L’univers médical malmené
C’est vingt dernières années, de nombreux médecins, pour s’en sortir, ont fait le choix de la médecine payante (c.-à-d. de travailler dans des cliniques privées) mais ont été rapidement considérés comme des «parias», accusés de vendre leurs compétences par les autres docteurs.
«Beaucoup d’autres ont préféré quitter la médecine pour se diriger vers un autre métier, plutôt que de la faire payer», se rappelle Elisabeth Gorodkov-Gouttierre, directrice du bureau de Moscou TPA-AXIS.
«Déjà dans les années 90, on recherchait pour des laboratoires pharmaceutiques des cardiologues anglophones pour occuper des postes de marketing. Très peu étaient alors capables de faire le pas. Mais ceux qui ont réussi leur reconversion sont devenus excellents, réussissant à intégrer leur univers de compétences à leur nouvelle fonction».
Une énergie décuplée
Les reconversions ne concernent pas uniquement l’univers médical. Les secteurs de production sont également très touchés par ce phénomène.
Beaucoup d’ingénieurs qualifiés se sont retrouvés à la rue lorsque les sites de production ont fermé. «Tous ces hommes et ces femmes ont du se reconvertir, pour la plupart dans des métiers techniques. On trouve d’ailleurs beaucoup de femmes dans la comptabilité», rappelle Elisabeth Gorodkov-Gouttierre.
La spécialiste insiste sur la force de ceux qui ont su s’adapter à la situation économique et sociale de leur pays. Malgré la contrainte, ils sont devenus aujourd’hui extrêmement flexibles, n’attendent aucune prise en charge de l’état, et deviennent très souvent moteur dans l’entreprise.
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Thibault 19762 jours 7 heuresIl y a 20 candidats, bon courage... j'ai trouve une liste (sur le site de l'un d'eux, bizarre..)... -
Anna5 jours 14 heuresIl y a déjà eu 3 entretiens de publiés sur ALR présentant d'autres candidats, Janick Magne (... -
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Platon08/02/2012Elle remonterait selon le ministère de la santé russe !! 64 ans pour les hommes et 76 ans pour les femmes...l'écart est toujours énorme entre les... -
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Macha (non vérifié)01/11/2011On ne peut que te conseiller de prendre contact avec la CCIFR ou UbiFrance qui sont spécialisés dans l'aide à l'installation d'entreprises à l'...
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Très intéressant ! il faut être sacrément flexible dans sa tête comme Valéry cité dans l'article : Médecin, tourneur, éleveur de bovins... !
Oui il faut une force de caractère ou la pression de la vie ! Mais quel dommage que les médecins ne puissent pas gagner leur vie en faisant leur travail...