Médecin à plus de 100 km de Moscou

Confession d'un écrivain-médecin qui a fait le choix de travailler dans la province russe. Un regard sans concession, parfois terrifiant, parfois drôle, sur la médecine et les provinciaux de son pays.

L’automne à Taroussa : © А. Петров

Maxime Ossipov est cardiologue à Taroussa, petite ville située à 117 km de Moscou. Après un voyage d'étude aux États-Unis, des années d’expérience dans la capitale russe, il part s'installer en province. De ses premières années à Taroussa est né un livre, Ma province, aux Editions Verdier.

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Maxime Ossipov
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Aujourd’hui la Russie: Quel regard avez-vous sur les habitants de la province russe, quatre années après votre installation à Taroussa ?

Maxime Ossipov: Je vois toujours beaucoup de patients souffrir de détresse existentielle très profonde. Ce fut un véritable choc pour moi de voir une population si dépourvue d'espoir et de rêves.

La réalité n'est pas très belle: des hommes profondément idiots, des alcooliques, des femmes battues, des enfants enterrés jeunes, victimes de morts violentes. Je vois aussi le refus de se soigner, le refus de soigner les personnes âgées, le manque de volonté pour le moindre effort comme lire son ordonnance, la croyance aveugle au pouvoir de l'argent....
Beaucoup de mes patients ne viennent pas me voir pour guérir, mais pour subsister, ils ne veulent pas faire d'effort pour leur santé. Par exemple, certains veulent juste avoir les médicaments gratuitement, ou pire ils espèrent vivre jusqu'à leur retraite, car alors on pourra dire d'eux qu'ils ont vécu!

Extrait:

«Ma première patiente fut Anna Grigorievna, une femme de soixante-dix ans, elle s'était plainte à Poutine d'être mal soignée, d'être pauvre et seule, elle avait écrit au Kremlin. L'administration du président avait envoyé un fax: faire toute la lumière sur cette affaire! On avait déclaré Anna Grigorievna « déficiente mentale »: a-t-on idée de se plaindre à Vladimir Vladimirovitch!
Du ton le plus indifférent que je pus, je lui dis que c'était lui, Poutine, qui m'avait envoyé, et je lui demandai de se déshabiller. La vieille dame était vraiment malade, non suivie médicalement, mais elle n'était pas folle: seulement désorientée....

«Combien d'argent pouvez-vous dépenser en médicaments ? demandai-je à Anna Grigorievna. Il s'avéra que pour le moment elle ne pouvait rien dépenser du tout: elle avait fait sa provision de semoule, et elle n'aurait sa pension que dans dix jours. Je regardai le prix de ce que je lui avais ordonné et déclarai: «Vladimir Vladimirovitch m'a prié de vous transmettre cent cinquante roubles.»

ALR: Pourquoi avez vous décidé d'exercer votre métier en province?

M.O: Venir à Taroussa, c'était aussi revenir sur les pas de mon arrière-grand-père qui était médecin. Il a été déporté au goulag pour être ensuite envoyé, comme beaucoup d'autres, loin de Moscou, au-delà du cent-unième km. Il a vécu jusqu'à sa mort ici, dans cette ville. Aujourd'hui, je vis dans la datcha familiale, et voir tous les matins au réveil les poules devant ma fenêtre me suffit. Finalement, je trouve la vie en province très agréable.
L'hôpital de Taroussa me permet également de travailler plus librement qu'à Moscou. Il est toujours plus facile de construire ses projets dans un endroit vide d'ambition et inerte depuis longtemps.

Aujourd'hui je suis heureux de vivre et d'exercer mon métier à Taroussa. Mon livre Ma province comprend deux nouvelles, dont un récit autobiographique sur mon arrivée dans cette ville. J'étais alors très impressionné par le désespoir de ces gens. Ce livre est un pic d’émotions.
Après quatre années de consultations, je me suis habitué à la souffrance existentielle de mes patients. Taroussa aujourd'hui, c'est chez moi, donc je ne regarde plus ses habitants comme un étranger.

ALR: Que pensez vous de la médecine pratiquée dans les hôpitaux de province?

M.O: A Taroussa, comme à Moscou ou ailleurs en Russie, la médecine russe de qualité n'existe plus. Il y a des médicaments, des hôpitaux, mais la médecine n'est plus efficace, car il manque de médecins professionnels. Dans mon livre, je compare souvent les médecins russes au docteur dans le Nez de Gogol, qui soigne la disparition du nez par l'hydrothérapie. Mais aussi aux byzantins, les médecins menteurs de Tchekhov, dans ses Carnets.

Image of Ma province
Manufacturer: Editions Verdier
Part Number:
Price: EUR 16,73

Cependant, grâce à la volonté d'agir de plusieurs personnes et l'aide financière d'oligarques, nous avons pu acheter plusieurs appareils médicaux perfectionnés. La mortalité a baissé et aujourd'hui l'hôpital de Taroussa a des médecins qui sont plus qualifiés et professionnels. Nous n'avons pas encore atteint mon idéal de la médecine, mais notre travail est devenu plus médical.

Extrait:

«...je travaillai toute la journée, et vers le soir les chirurgiens passèrent me voir: « Tu es dingue de travailler comme ça! Chez nous, même la main-d'œuvre tadjike ne bosse pas autant! »
Et nous partîmes fêter mon premier jour de travail. «On va se renseigner, il faut voir si la police routière n'est pas de service.»
Ils téléphonèrent.
«Roulez tranquilles, docteurs! » assura une voix à l'autre bout du fil.
Je demandai à partager le secret du mystérieux numéro.
«Retiens-le, répondirent les chirurgiens. C'est le 02.
» (C’est le numéro de la police en Russie)

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Portrait de Macha

j'ai beaucoup aimé ce livre qui nous en apprend plus sur la vie russe en région ! Et quelle vie ! Voilà un médecin sacrément courageux.



Portrait de Moscovite

Les francais vont jamais publier l opinion de vrais russe, par ce que le regime de Szartkosi est pro americain et anti russe.



Portrait de Macha

De quoi tu parles ?? Si c'est de son livre, il est publié en France et en français...



Portrait de Jeanne
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Moi ça me donne envie de le lire ! Et je ne vois pas le rapport entre Sarkozy et le monde de l'édition en France. Ce qui se passe en Russie ne s'applique pas partout ....



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