Quelle place pour les Russes dans les entreprises françaises?

Diversifier le top management, dans une entreprise implantée à l’étranger, serait la clé d’une coopération durable et saine. En Russie, les entreprises françaises s’ouvrent petit-à-petit à la diversité culturelle.

« La consanguinité dans les entreprises, comme dans les vieilles familles nobles, on sait ce que cela produit comme effet ! », affirme Edouard Stacke, consultant en accompagnement du changement et en management de la performance. Interrogé sur l’internationalisation du top management des entreprises, le consultant explique que rechercher l’hétérogénéité et «ne pas mettre aux postes clés des profils d’hommes qui ressemblent au big boss» est une nécessité pour pérenniser ses implantations et se développer durablement en Russie.

L’internationalisation du staff

Une réalité déjà visible pour Thierry Lemasle, directeur général du groupe Brainpower en Russie, cabinet spécialiste du recrutement, qui constate une russification du management dans les sociétés françaises.

80% de la clientèle du groupe Brainpower est occidentale et 90% de leurs demandes donnent la priorité aux Russes pour des postes de haut niveau.

«La tendance lourde actuelle est de former en France des futurs managers russes, au frais de la société, en les intégrant dans un cursus international avec l’espoir qu’ils reviennent en Russie et obtiennent un poste de haut niveau», précise Thierry Lemasle.

Les entreprises françaises font face à un besoin croissant de managers et pour le responsable du groupe Brainpower, les Russes peuvent répondre à cette demande : «Ils sont considérés aujourd’hui comme performants et compétents. Leur défaut est d’avoir un cursus théorique et académique sans liens avec la réalité du travail. Mais leur avantage est qu’ils parlent la langue et connaissent la logique de la culture donc ils sont les mieux adaptés au terrain».

Toutefois, Thierry Lemasle reconnait que la France, abreuvée par les médias qui offrent une vision négative de la Russie, reste méfiante sur le management russe. Aussi, dans beaucoup d’entreprises, trois fonctions restent traditionnellement franco-françaises : la direction générale, la direction financière et la direction marketing. «Et dans la grande distribution, la direction des Achats est également très française pour des raisons de corruption», précise le responsable.

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Parler un langage métissé

Mais pour le consultant Edouard Stacke, la russification des entreprises françaises reste encore trop modérée. Il observe un manque de curiosité évident de la part des Français et un sentiment d’insécurité face à l’altérité : «Bien sûr, en Russie comme en France, si le leader est ouvert et comprend qu’il faut aller chercher l’intelligence de tous les salariés, alors le débat sur la diversité culturelle sera plus simple. Mais je vois encore de grands groupes français ne pas faire monter dans leur état major beaucoup de locaux et faire de la résistance à la diversité ».

L’accent est mis sur la nécessité de transcender les cultures respectives pour avoir un langage commun dans l’entreprise. L’internationalisation des managers ne serait donc possible qu’à la condition de considérer la dimension humaine et culturelle des salariés.

En théorie, une évidence. « Mais pas dans la pratique. Il y a un proverbe qui dit "entre le dire et le faire, il y a la mer". En ce sens, la posture de l’entreprise est importante puisqu’en faisant la promotion de la diversité et de la curiosité, elle influencera le comportement de ses salariés afin que dans l’entreprise il n’existe pas deux clans : les expatriés et les locaux », conclue Edouard Stacke.

La solution pourrait être apportée dans l’avenir par la coopération entre les grandes écoles de commerce et d’ingénieurs. Celles-ci établissent depuis une quinzaine d’années des partenariats avec des échanges universitaires, développant ainsi la curiosité de la différence et de l’international.

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Portrait de Karine Fox
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Article tres interessant...on peut aussi se poser la question si les entreprises francaises sont a ce sujet plus frileuses que les autres pays, qu'en est-il par exemple des entreprises allemandes ou anglo-saxonnes ?

Karine



Portrait de Lucie
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Article très instructif. Il semble que le phénomène ne soit pas spécifique à la Russie. L'interculturalité trouvera probablement sa solution avec les jeunes générations et la réciprocité des accords de coopération internationale des grandes écoles et universités.



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