Rencontre avec Matthieu Ardin, nouveau directeur de l’Institut Français à Moscou

Russophone et spécialiste de la littérature russe, Matthieu Ardin livre ses premières impressions sur la capitale russe et ses ambitions pour le CCF de Moscou.

Matthieu Ardin

Aujourd’hui la Russie: Après 4 années passées à Kiev, comment percevez-vous Moscou ?

Matthieu Ardin: J’ai travaillé 4 années à Kiev comme directeur de l’Institut Français en Ukraine. J’y ai passé 4 années merveilleuses et ce pays est devenu une seconde patrie. Je suis arrivé en Russie en février. Je connaissais déjà Moscou et parle russe couramment. C’est une ville qui me fascine. Parce que j’aime les grandes villes et déteste la nature, j’y suis également à mon aise. Mais c’est aussi une ville qui m’effraie dans la mesure où je la trouve brutale, quelque peu cruelle entre un climat rude et des contacts difficiles avec les gens au quotidien.

Longtemps j’ai cru, à tort, que les Ukrainiens et les Russes étaient semblables. En fait, ils étaient noyés dans la sauce unique du soviétisme, qui masquait les grandes différences entre les uns et les autres. Ils sont différents dès lors qu’on enlève ce mauvais vernis soviétique. Au premier contact, les Moscovites sont moins agréables et chaleureux que les Ukrainiens, mais on découvre ensuite des qualités d’amitié exceptionnelles en Russie. Aujourd’hui, j’aime beaucoup travailler à Moscou où j’ai des collaborateurs tout à fait délicieux et compétents.

ALR : Peut-on avoir de l’ambition pour l’Institut Culturel Français à Moscou?

M.A : A Moscou, la vie culturelle est intense dans tous les domaines. Nous y trouvons une créativité exceptionnelle et des spectacles de grande qualité.

Nous pouvons faire venir des troupes de 40 personnes sans que cela n’effraie personne, et monter de grands spectacles ambitieux et donc chers. Grâce à des partenaires russes très fiables, qui prennent en charge une partie des dépenses, nous pouvons donc avoir de l’ambition à Moscou.
Nous travaillons avec monsieur Vladimir Ourine au théâtre Stanislavski, qui a accueilli Carolyn Carlson sur notre initiative, mais également avec monsieur Chadrine, un grand Monsieur, avec qui nous travaillons sur le festival Tchekhov. Nous avons bien d’autres partenaires…. J’espère très fort que la mairie deviendra l’un d’eux, notamment pour des spectacles de rues.

ALR : Quels sont vos premiers projets culturels à venir?

M.A: Il faut rendre à César ce qui est à César, la plus grande partie de la programmation 2011 a été choisie par Dominique Jambon qui était en poste jusqu’en décembre 2010. Il a fait des choix très sûrs puisqu’il connaît très bien le monde du théâtre et de la danse contemporaine. J’ai ajouté quelques touches avec Carolyn Carlson, et la venue de Philippe Genty en Juin. Zabou Breitman viendra également jouer une très jolie pièce, seule sur scène. Cette programmation sera donc un mélange entre les choix de Dominique Jambon et mes ajouts.

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A l’avenir, il y aura sans doute plus de littérature dans la mesure où je suis un spécialiste de la littérature française et russe. Comme j’ai des goûts plutôt éclectiques, je souhaite montrer la création française contemporaine dans son ensemble. Il faut être modeste, on ne montrera pas tout, mais par petites touches. Il y aura de la musique classique avec l’intervention de Damien Guillon, un contre-ténor qui chante du baroque et que j’aime beaucoup, mais aussi de la danse contemporaine. J’aimerais beaucoup, par exemple, faire venir Philippe Decouflé avec son «Octopus» que j’ai vu à Chaillot et qui est absolument extraordinaire. J’aimerais également un spectacle de rue. J’adore les spectacles populaires au bon sens du terme, c’est-à-dire qui s’adressent au plus grand nombre. Je suis moins favorable aux spectacles élitistes.

ALR : Vous êtes à l’initiative des Thés Littéraires, pourquoi ce nouveau rendez-vous ?

M.A: L’objet est de faire vivre la médiathèque. Il y a encore 10 ans, la Russie postsoviétique était avide d’informations, et était très tournée vers le livre, et la médiathèque recevait environ 400 personnes par jour. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et pour ouvrir cette médiathèque, nous proposons un thé littéraire. C’est une rencontre mensuelle autour de la littérature française contemporaine. J’espère que cela deviendra un rendez-vous régulier de rencontres et de discussions. Nous souhaitons alterner entre lectures et rencontres d’auteurs et nous espérons recevoir un public français et russe.

Institut Français
1 rue Nikoloïamskaïa

Toutes les informations sur le site du CCF

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Portrait de sibir

Si "la Russie postsoviétique était avide d’informations, et était très tournée vers le livre"...c'était quand même un peu l'héritage du "mauvais vernis soviétique" ! Bon, enfin, c'est vrai que Russes et Ukrainiens sont différents. Après ce commentaire un peu critique (façon Beaumarchais ;-)), je dois dire que votre politique me plait, que votre programme fait envie. Il ne me reste plus qu'à retourner vivre à Moscou !



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